samedi 25 mars 2017

De Luang Prabang à la frontière vietnamienne.

Sabaai dii, 
Bonjour,

Je quitte Luang Prabang avec regret, je serai bien resté quelques jours de plus à farnienter, mais la route est longue et il y a tant d'autres choses à voir, d'autant que j'ai déjà éliminé certains parcours par manque de temps.
Donc direction plein nord vers Oudomxai, puis Muang Khua pour m'orienter plein est vers la frontière vietnamienne. 

Jusqu'à Oudomxai ce sera vallonné et montagneux avec de beaux cols. 
Puis viendra des routes surplombant des rivières agréables à suivre, telle la Nam Phak, qui se jette dans la Nam Ou à Muang Khua. Ensuite il y aura de beaux cols pour rejoindre la frontière.

Les activités des hommes évoluent avec la nature et je commence à apercevoir de manière plus perceptible des populations avec des habits traditionnels notamment Hmong, Dzao ou Dao, quant aux Akha vous connaissez déjà! 

Tout au long de ce reportage je poursuis les prises de vue sur la fabrication du balais asiatique et quelques plaisirs culinaires.

Je termine cet article par une citation qui conclue ainsi: "... le laotien l'écoute". Avez-vous devinez de quoi il s'agit?

A travers les photos, je vous invite à suivre mon parcours ainsi visualisé avec une préférence pour les femmes et les hommes que je rencontre. Rien de spectaculaire, mais plein de petites choses et anecdotes qui jalonnent mon chemin.


Après être sorti de Louang Prabang, je quitte la route, prends cette piste 
sur 18 km pour m'approcher  du Mékong sauvage.


Le Mékong.



A la confluence avec le Mékong, je remonte la Nam Ou.





En fin de journée sur les bords de la Nam Ou, je trouve une chambre dans une guesthousse laissée à l'abandon. Plus de service de restauration et selon le gardien des lieux il faut 10 km pour trouver à se restaurer, la nuit tombe. Au bord de l'eau cette dame cueille des salades. Je lui demande si elle peut me préparer un dîner. Gentiment elle accepte. Sa maison est à 100 mètres de mon hébergement. 
Son mari me propose, en attendant la préparation du plat de nouilles dans un bouillon, de l'alcool de riz. J'apprendrais que la vallée sera engloutie par les eaux dans les deux ans en raison de la construction d'un barrage par "Powerchina". Ils doivent être relogés en haut sur la colline. Vraiment une sympathique soirée.
Je comprends pourquoi la guesthousse est laissée à l'abandon.


De loin j'aperçois cette dame, je descends du vélo, sort l'appareil photo et lui demande l'autorisation. Aussitôt elle enlève sa coiffure et passe la main dans ces cheveux, avec complaisance elle remet sa coiffure et se prête au photographe. En se regardant à l'écran elle éclate de rire. 
Merci madame.

Galettes de riz, une production très artisanale et familiale.











Le vannier facétieux. 









Le travail est dur, mais en m'apercevant sortir l'appareil les sourires arrivent, amusés.

J'ai plusieurs photos de ce couple adorable que j'ai pris en train de travailler sur le bord de la route. 
Lui aiguise ses outils avec lesquels il taille des fibres de bambou, elle surveille quelques buffles et frappe des graminées pour la fabrication de balais. Après quelques échangent avec les mains et les gestes, ils posent ensemble. 


Lui vannier.

Elle tisserande.


Rizières.

Chaudronniers. 
Monter des cuves de cette importance avec si peu de moyen relève de l'exploit!




Jolie rencontre, pour un déjeuner inattendu.

Il est midi, l'heure de penser à se restaurer.
Je passe devant une maison qui sous certains aspects me laissent croire qu'il s'agit d'une gargote.
Quatre jeunes déjeunent autour de cette table. 
Eh bien non il ne s'agit pas d'un restaurant mais d'un frère, 
sa sœur (photo), et deux amis qui déjeunent.
Je suis invité à me mettre à table, les deux amis s'estompent, ils ont fini de manger.
Le frère me raconte qu'il est professeur et s'intéresse à mon parcours,
j'ai quelques difficultés à le faire parler de son métier. 
Elle vend un peu d'épicerie, de confiserie, ce qui m'a laissé croire que l'on servait des repas!

 Dans les plats il reste du poulet bouilli, du poisson pilé avec les arrêtes aromatisé de  nuoc mam          et autres épices,  du végétal cuit à l'eau, le bouillon du poulet et bien sur dans le panier, le riz gluant que l'on mange avec les doigts. 
Pas d'assiette, je picore dans les plats avec les baguettes et comme tout le monde je confectionne des boulettes de riz gluant à la main, à partir de ce j'attrape dans le panier. Les baguettes sont inopérantes avec le riz gluant!



Packmong, dois-je m'arrêter? 
Non je continue malgré les belles montées déjà passées.

Chaîne de fabrication du balais. A suivre.

Après avoir ramassé ces graminées à hautes tiges, des centaines de personnes s'affairent le long des routes à les préparer avant de les remettre en paquets aux fabricants. Cette jeune femme a gentiment accepté que je la suive dans son travail. 



Après avoir séché plusieurs jours sur le bord de la route la graminée est égrenée en la frappant 
sur un support dur, ici un rocher, mais souvent sur le macadam,

Ensuite formation de petits paquets qui sont roulés puis liés.

Lorsque l'on peut se construire une maison en ciment, pour marquer sa distinction l'on peint sa maison de couleurs flashy, ici rose et jaune moutarde, mais il y a des verts pommes, jaunes citron, bleus turquoises,....

Comme déjà observé les hommes s'occupent beaucoup des enfants, ici au bord d'une route 
à forte circulation. Ont-ils une activité professionnelle? 
Les femmes, elles travaillent


Un étrange bivouac.

Depuis Packmong ça monte et le col n'en finit pas, le jour s'assombrit. 
Après 24 km de montée j'arrive à un petit village. Visiblement ici je ne suis pas bien accueilli. 
A l'écart une maison où se trouve 4 à 5 mètres carrés d'herbes, j'ose avec insistance demander à la dame la possibilité de planter la tente. Je ne sais si elle comprend vraiment, mais je pense qu'elle donne son accord. Je défais mes sacoches et monte la tente. Les enfants du villages m'entourent, quelques femmes curieuses s'approchent. Il convient de faire visiter cette nouvelle construction à certains. Tout le monde est enjoué et s'amuse en m'observant, surtout quand pour repas je chauffe de l'eau pour préparer un plat lyophilisé. La nuit tombée je rentre dans ma maison de toile et tout le monde s'en va.
Minuit, une moto arrive sans discrétion, le phare est pointé sur la tente. Deux hommes parlent. Avec des frontales ils scrutent la tente, tournent autour, au bout de dix minutes je décide de sortir. Surpris ils partiront.
Le lendemain matin, j'apprends que c'était le mari de la dame qui m'avait laissé planter la toile qui rentrait à minuit, avec un voisin, il n'était nullement informé de mon implantation. Toujours est-il que la dame qui hier au soir s'amusait de mon campement ne souriait plus ce matin.
En quittant les lieux, j'ai remercié le voisinage, le mari et à l'écart j'ai chaleureusement remercié la dame (ci dessus en photo auprès de la tente) avec un geste financier, remis en toute discrétion, avant de reprendre ma grimpette. 


Marchande sur un marché.

Pendant quelques kilomètres des artisans proposent à la vente ces blocs de marbre à des prix qui me paraissent excessifs pour un laotien. Quel est leur usage, leur fonction?

Vendues comme légumes ces racines de bambou sont délicieuses. Cuites dans l'eau ou à la vapeur il convient d'éplucher les premières écorces pour déguster le cœur que l'on saupoudre dans une poudre de condiments doux et salé. C'est très bon, quelques ressemblances lointaines entre artichauts et salsifis. Dommage qu'un seul restaurant m'en ait proposé.   




Vendus au bord de la route.

Il ne doit pas s'agir d'un animal d'élevage!





Ce type de véhicule agricole à moteur central est fréquent au nord du Laos.



Lorsqu'un véhicule s'immobilise sur la route quelque soit la cause, 
en guise de triangle l'on dispose des branchages.

J'ai l'intention de faire étape à Oudomxai. 
Entre mes deux cartes et mon guide j'ai trois écritures différentes, ici avec ce panneau j'en ai une quatrième! Muangxai, pas vraiment ressemblant!

Udomxay ou Muangxai.
Je passerai deux jours dans cette petite ville, centre d'échange Laos-Chine en plein essor. Deux collines à gravir pour la vue et leurs temples et un stupa remarquable.

Mais j'ai surtout repéré Souphailin restaurant, une institution. 
Le guide dit ; "Souphailine concocte de délicieuses et authentiques spécialités du nord du Laos, comme le mok 'bah (poisson cuit dans une feuille de bananier), ainsi que ses recettes créatives,..."
Comme les plats sont fabriqués à la commande je me rends chez Souphailine tôt et commande le fameux mok 'bah.


Chez Souphailine.


Souphailine dans sa cuisine préparant mon mok 'bah.

Dans une jarre, le poisson marine avec des épices, des fines herbes et des légumes verts.

La préparation est emballée dans la feuille de bananier.

Cuisson vapeur.


Assiette à table.


Alors on déguste ensemble? Retenez l'adresse, pour moi ce sera un souvenir culinaire.









Et toujours le marché où je peux acheter des fruits pour la route, quelques gâteaux, 
du pain pour les petits déjeuners.

Préparation des racines de bambou pour la vente.

Le pitaya ou fruit du dragon, fruit d'une espèce de cactus.

Dans la rue, au restaurant il est coupé en cubes. 
Lorsque je l'achète au marché je le coupe en deux et le déguste à la cuillère.

Un cordonnier heureux à l'angle de la rue

Je reprends la route.






Herbes graminées destinées à la fabrication de balais.

Le mari tisse des plateaux  en fibre de bambou.

L'épouse étale les plateaux une fine couche d'algues de rivière pour le séchage. 
Rappelez vous c'est ce que j'ai dégusté à Louang Prabang. 


En longeant la Nam Phak.



Pont de bambou flottant.



Toujours la préparation des herbes à balais.

Vraisemblablement femme Hmong? 

Jeune femme de quelle ethnie?



Radeau en bambou.

Ces femmes Hmong vendent à l'entrée d'un village des tissus et broderies .

Hmong.


Femme vraisemblablement Dzao?



Avec des outils superbement bien aiguisés, cet homme taille des fibres de bambou.

Ils travaillent pour le balais!



Femmes Hmong, de même pour les photos suivantes.
















Ce charmant petit animal sauvage tué que je prends dans les mains pour voir la tête sera dégusté. 
Il fait la joie de la jeune fille qui me le présente.
Ne pouvant comprendre le nom en laotien je pense que cet animal 
appartient à la famille des civettes.


Vente de pièges qui servent à attraper les petits animaux sauvages.


Autre type de pont en bambou sur la Nam Phak.

Ce groupe d'hommes s'amusent de me voir passer. 
Il est autour de 10 heures du matin, que font-ils?

Il est fréquent de voir des potagers sur les rives des rivières.


Le billard est un jeu très prisé, comme la pétanque.  


Des outils bien aiguisés.

Fabrique de balais.


Ici on reçoit les herbes égrenées formées en petits paquets.


Classification selon les qualités.

Balais terminés. 
Son usage est impressionnant, tout le monde l'utilise à l'intérieur comme à l'extérieur.


En montant un col je présume que le village Hakha 
où j'ai été accueilli se trouve au sommet de la montagne d'en face tâche claire.
Voir article précédent.









Je suis à une vingtaine  de kilomètres de la frontière laotienne qui se trouve en crête 
de montagne, autrement dit le dernier col laotien! 
J'opte de passer la nuit au pied avant de m'élancer dans les premiers lacets.
Dans un petit magasin que je ne saurai appeler restaurant l'hôtesse me prépare une omelette de cinq gros œufs, je n'en demandais pas tant, et bien sur un grand bol de riz gluant! Omelette délicieuse. 




Voilà je vais sortir du Laos, Trois kilomètres plus bas j'entrerai au Vietnam.


Fin du Laos.

Vous l'aurez compris  j'ai aimé le Laos, sa nature, son peuple ou plutôt ses peuples. 
Les grandes villes ont chacune une personnalité qui dégage une ambiance spécifique liée à l'histoire mouvementée de la province et son positionnement géographique. 

Pour la bicyclette, selon ses choix d'itinéraires, on peut pratiquer tous types de routes. Dès l'instant que l'on tire sur l'est en longeant la frontière vietnamienne ou que l'on roule au nord de Vang Vieng, il faut s'attendre à monter des cols sévères, parfois sur plus de 20 kilomètres avec des pentes entre 7 et 10 %, quelquefois plus.

A deux reprises j'ai planté ma tente, sinon on trouve très régulièrement des guesthousses très bon marché. Il ne faut pas être exigeant sur le confort et l'hygiène et accepter parfois l'eau froide ainsi que des draps non changés. Mais avec son sac à viande on s'en arrange. 
J'ai aussi dormi chez l'habitant sur des nattes posées à même le plancher. Il s'agit de moments forts en émotion.

Quelques données statistiques:

  • 6,6 millions d'habitants,
  • 25 personnes au km² pour 236 800 km². Par comparaison avec la France 200 personnes au km².
  • Religions : 50% de bouddhistes; 45% animistes; 2% chrétiens; 3% autres.
  • Ethnies : 55% sont lao; 11% sont Khamu; 8% sont Hmong; 3% sont chinois; 3% sont vietnamiens; 20% sont issus d'autres minorités ethniques.
Le Laos n'a pas d'accès à la mer. Les pays limitrophes sont : la Chine, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande, le Myanmar.

"Politiquement le régime laotien se résume à un parti unique aux mains d'une élite de révolutionnaires qui contrôle l'exploitation des ressources naturelles du pays. Il peut réprimer toute dissidence et se montrer coopératif avec les donateurs étrangers pour continuer à percevoir les dollars de l'aide internationale."

"L'économie du Laos connait une phase d'expansion ... le taux de croissance a atteint 8% en 2011. ...
La banque mondiale classe le Laos parmi les pays les moins développés de l'Asie du Sud Est, avec plus de 75% de la population vivant avec moins de 2 dollars par jour ... soit autant de personnes qui vivent d'une économie de subsistance agricole. 
Le bois, les vêtements, l'électricité et le café sont les principales exportations. Le tourisme est devenu ces dernières années l'une des principales sources de revenus étrangers".

Mon observation sur le terrain à travers mon itinéraire c'est que le voisin chinois investit dans d'immenses chantiers portant sur des infrastructures lourdes, le train à grande vitesse (Chine - Cambodge - Thaïlande), de grands barrages sur la Nam Ou et certainement d'autres ailleurs. Je n'ai aucune connaissance de la nature des accords passés entre Laos et Chine, donc à suivre. ... Un laotien me disait "La ville de Kasi compte 3 000 habitants avec autant de chinois venus pour l'aménagement du chemin de fer. Dans cette province seul 500 laotiens travaillent sur ce chantier", du moins c'est ce que j'ai compris.

Pour l'accueil des touristes, le Laos a à faire pour développer des services professionnels. Il est vrai que je ne fréquente que des guesthousses très bon marché et dont j'accepte les conditions d'accueil. Par contre il est des offices dits de tourisme abusivement. Il s'agit d'entreprises privées proposant des prestations touristiques et ne disposant pas de la moindre information à vous communiquer sur la ville ou sa région. Mon expérience pour réaliser un trek en montagne chez les Hakha s'est traduite par la non réalisation d'un tiers du programme prévu!
L'organisation du tourisme reste à professionnaliser. Mais il ne faut pas que mes propos vous fasse hésiter à venir au Laos. Si il peut y avoir quelques déconvenues, il faut comprendre que quelques uns, rares, ont compris que le touriste offrait une source de revenu facile, avec des étrangers à fort pouvoir financier.

J'ai rencontré un peuple chaleureux, souriant et accueillant et des commerçants très honnêtes. Ce pays qui commence à s'ouvrir au monde mérite qu'on s'intéresse à lui dans un partage équitable. 

Pour comprendre la philosophie de ce peuple je vous livre cette citation que j'ai lue et parfois entendue de mes interlocuteurs :

"Le vietnamien plante le riz, le cambodgien le regarde pousser, le laotien l'écoute"


Le Laos tout sourire.

Ainsi se termine mon aventure au Laos.

Voilà c'est tout pour aujourd'hui.

A bientôt sur vietnam-jeanpaul.blogspot.com 


Sabbaai dii.

Jean-Paul