jeudi 16 mars 2017

A la rencontre d'une minorité ethnique, les Akha..

Sabaai-dii, Bonjour,

A propos de la population laotienne.

"On décrit souvent le Laos comme un conglomérat de minorités ethniques et de langues plutôt qu'un Etat-nation...."

Pour faire simple,

Un peu plus de la moitié de la population se compose de Lao ou Lao Loum  (Lao des plaines), le groupe dominant. Le reste comprend :
- 10 à 20 % de Lao Thaïs (vivent dans des vallées fluviales, mais préfèrent celles en altitudes aux plaines inondables du Mékong),(1)
- 20 à 30 % de Lao Thoeng (lao des hauts plateaux ou habitants de basse montagne), (2)
- et de 10 à 20 % les Lao Soung (Lao des montagnes). (3)


Femme Akha.



J'ai ainsi essayé, à partir du guide, en quelques mots de synthétiser ce qu'est la composition de la population laotienne. Cette nomenclature qui est faite par les autorités prête à controverses dans les milieux scientifiques. 
Ainsi il existerait au Laos entre 49 et 134 groupes ethniques selon les critères retenus!

Il convient de savoir que ces populations ont souvent été contraintes à migration selon les conflits ou politiques gouvernementales entre Chine, Thaïlande, Myanmar, Tibet, Laos, Vietnam et Cambodge dès le XIXe siècle. 

Certains membres de communautés ont immigrés en France, en Guyane française, aux Etats-Unis et ailleurs, notamment parmi les Hmong car beaucoup d'entre eux avaient soutenu les colonisateurs contre le Viet-Minh du temps de l'occupation française, puis contre le Viet-Cong lors de la guerre menée par les américains.

Pourquoi ce propos? 

Dans les guides et livres, sur les sites internet, dans les agences de voyages il apparaît de manière récurrente des photos et articles sur la présence de minorités ethniques présentées en costumes traditionnels. Cela aiguise votre curiosité et votre souhait d'aller à la rencontre des ces populations qui apparemment ne vivent pas comme vous, ni comme la majorité de la population du Laos.


Dans le village Akha.

Les Akha. (4)

Dans la province de Phongsali j'ai engagé, non sans difficulté, un guide pour deux jours afin d'être accueilli dans un village Akha. 

Les Akha appartiennent à la famille des Lao soung et vivent en altitude, occasion pour moi de pratiquer un petit trek qui exigera pour la montée au village un dénivelé positif de 1 500 m.

"Les Akha sont un peuple montagnard originaire de Chine. Ils résident aujourd'hui dans les montagnes de Chine, où le gouvernement chinois les assimile aux Hani ; en Thaïlande, ils sont inclus dans les tribus des collines ; au Laos, ils sont appelés Lao soung." (Wikipédia)

La langue parlée des Akha est le hakha, on dénombrerait environ 550 000 locuteurs en Asie. 

Voici en photos cette courte immersion chez les Akha.


J'ai rendez vous sur les bords de la Nam Ou.



45 minutes de remontée de la Nam Ou en bateau pour accéder
au sentier qui me conduira au village.


Vu du bateau.

Chaque plan d'eau, chaque rivière, chaque mer offre des bateaux avec des carènes originales.




Il y a plusieurs jours j'ai côtoyé bien aval la Nam Ou. 
Déjà l'entreprise chinoise "Power China"construisait un barrage!
Avec celui ci c'est le second. 



Jeunes tecks.







Enfin le sentier!


En chemin je fais de drôles de rencontres!

15 cm quand même!












Traversée d'un village isolé.









Retour sur le sentier, vers le village Akha.

Structure et foyer servant à sécher les graminées destinées à la fabrication de balais.





Rencontres avec deux jeunes Akha, fusil sur l'épaule. 
Les petites motos leurs permettent de passer partout.



Les fusils utilisés par les Akha.





Arrivée au village implanté au sommet d'une montagne.

Montage du chignon pour recevoir la coiffe.







L'eau courante du village. 
Il y a plusieurs points d'eau comme celui ci. 
En fin d'après midi la journée travail terminée, chacun pratique à tour de rôle des ablutions.

L'hôtesse, travaillant avec son enfant porté dans le dos, qui me recevra pour passer la nuit et dîner. 
Ne se laissera plus photographier. 





Mon sac à dos sur la natte où je dormirai.
Derrière les tissus tendus, la chambre de la famille.









On joue avec les pieds et la tête. 
La balle est tissée avec des fibres de bambou.






















Femme attendant son tour pour la toilette à 
la lumière tombante du jour. 





Mon hôte est affairé à ouvrir cru un coquillage d'eau douce 
qui ressemble aux coques.
Elles seront ensuite cuites à l'eau avec quelques herbes.

Les coques décortiquées.

Jolies couleurs!

Deux invités au dîner.

L'hôte. 
Si les femmes portent encore des éléments d'habits traditionnels, 
les hommes n'en portent aucun. 

La table est mise. 
Chacun se sert avec les baguettes dans les plats, les cuillères servent à consommer les bouillons.




En fin de repas, le reste de riz gluant est déposé dans un pilon  pour être malaxé avec de la farine de riz. 
Cela donne la pâte ci contre, plutôt élastique, dont chacun à tour de rôle cisaille avec les mains un morceau qu'il forme en boule que l'on saupoudre dans le bol de farine de riz avant de la porter en bouche pour la mastication.
En début de repas il faut passer à la tradition de plusieurs culs secs de petits verres d'alcool de riz aromatisée et de finir de la même manière avec le riz gluant pilé.






Le lendemain matin.

Affûtage des outils. 






La vache et la poule.





On quitte le village pour le travail dans les cultures, récolter les graminées à fabrication de balais, 
et souvent les hommes portent en plus le fusil.







Dans le village il y a quatre classes avec des équipements dérisoires. 

L'appel avant de commencer un cours.



Outre le riz gluant au petit déjeuner je retrouve le reste de coques de la veille 
et un saladier de légumes verts. 




Couple Akha.

Après avoir quitté le village je passe près d'un bassin où sont élevées de grosses moules!








Épilogue.


Mon reportage s'arrête sur ce beau coquillage! En cours de chemin je m'aperçois que mon guide ne respecte pas le programme prévu. Je devais passer dans un village Khamu, autre groupe ethnique, et y déjeuner. 
De retour à ma guesthousse, j'obtiendrai de l'organisation des guides le remboursement du tiers de ma participation financière.

En ayant opté d'être seul je me suis senti plus à l'aise à circuler dans le village Akha. Je ne m'imaginai pas débarquer avec un groupe de personnes équipées d'appareils photos mitraillant de toute part.
Un bon pourcentage de personnes refusent d'être photographiées et notamment les enfants. Certaines communautés croient au culte des esprits et pensent qu'en les photographiant on leur vole leur esprit.

Ce village vit essentiellement en autosuffisance. Certaines productions (tissus, vannerie), et récoltes peuvent être vendues en vallée, ce qui permet de s'équiper de motos, petits motoculteurs et quelques équipements électriques, j'ai même vu une vieille télévision. 
Lorsque j'ai du négocier une partie du remboursement de la prestation non fournie j'ai pu me rendre compte que la part financière revenant à la famille d'accueil était ridicule. Entre laotiens on n'est pas prêt de pratiquer le tourisme équitable, mais est-ce vraiment le cas chez les prestataires qui s'en revendiquent?

Voilà c'est tout pour aujourd'hui et à bientôt.

Jean-Paul. 

Citons quelques ethnies appartenant aux familles décrites en introduction:

(1)  LAO THAÏ : Tahï Dam (Thaï noirs), Thaï Khao (Thaï blancs), Thaï Pa (Thaï des forêts), Thaï Neua (ThaÏ du Nord), ...
(2)  LAO THOENG : Khamu, Htin, Lamet, Katu, Laven, Katang, Alak, ...
(3)  LAO SOUNG : Essentiellement les Hmong qui eux même se divisent en Hmong blancs, noirs, rayés, rouges, à fleurs. Mais aussi les Akha, les Dao ou Dzao, ...
(4) Ne soyez pas surpris de ne pas apercevoir de "s" lorsque j'utilise le pluriel pour désigner ces populations. J'applique cette  règle (ou convention) rencontrée dans mes lectures, non sans surprise!  

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