samedi 11 février 2017

La route 23, une aventure unique!

Bonjour, Sabaai-dii,


Il y a des fois on se dit que l'on ferait mieux de rester chez soi, d'une part parce que c'est confortable et d'autre part confronté à une expérience imprévue, avec un réel engagement physique, sur une piste défoncée, en forêt vierge pendant des heures sans rencontrer personne. Certainement par expérience je ne me suis jamais senti en insécurité. 



Toujours est-il que tu te fies aux cartes et apparemment la route 23 choisie pour m'écarter des grandes voies de circulation semblait être carrossable. En fait il n'en est rien et voilà ce dont à quoi j'ai été confronté trois jours durant. En réalité de Salavan à Muang Phin il y a 120 kilomètres je pensai mettre une journée et demi maximum, il en fallut trois bien pleines.



Je voulais aller au devant de minorités ethniques, ce fut le cas mais ce que je ne savais pas c'est que j'allai emprunter  un tronçon d'une des voies de la piste Hô Chi Minh où tous les ponts ont été détruits par les américains et qu'à ce jour aucun n'a été réellement reconstruit. Pour certains des parapets en bois ont été posé sur les piles restantes lorsque cela était possible. Sinon il convient de plonger dans le lit de la rivière et de remonter de l'autre coté. Présentement c'est la saison sèche donc il est rare qu'il y ait de l'eau,sauf dans certains cas. Par moment il peut y avoir un pont tous les cinq cent mètres environ.  Sur ce parcours je n'ai pas vu de 4X4, quelques rares petits camions surélevés, les fameuses motos et bien sur des tracteurs deux roues, bien utiles en ces lieux. Le second jour j'ai bien du monter et descendre du vélo environ cent cinquante fois.

Une recommandation, ne pas s'éloigner de la piste en forêt vierge, puisque le terrain n'est pas déminé.

Avant de quitter Salavan trois photos, deux qui évoquent le passage de l'administration française, ni voyez pas de cocorico,  et la troisième un monument symbolisant le peuple en lutte. 









En fin je trouve la route 23 après une dizaine de kilomètres. Je n'ai pas à faire à une voie bitumée mais à une piste apparemment avenante.






Très vite cela se gâte, il y a comme une ressemblance avec le ripio chilien de la Caratéra australe que j'ai pratiquée en 2015.







Le drapeau laotien est toujours associé au drapeau du Pathet Lao, même en des lieux les plus insolites.

Ce type de piste ne durera qu'environ cinq kilomètres.

Tient une rivière en s'approchant un bac rudimentaire exclusivement réservé aux deux roues.



"Le site du pont du Prince Souvanaphong, ainsi nommé car il fut construit en 1942 par le "Prince rouge", Souvine Souphanouvong (qui était un ingénieur diplômé). Malheureusement bombardé en 1968, le pont n'a jamais été reconstruit."













Parfois j'hésite à passer, mais la descente et la remontée du lit de la rivière, même à sec demande un effort. Il faut savoir garder ses forces!









S'orienter, une affaire de feeling.


Je descends tellement souvent de vélo que j'ai le temps de le photographier ainsi que la piste.








Depuis le début de la piste, absence totale de petits commerces de bouche, en bordure de route,
 comme j'en avais pris l'habitude.
Par ci par là quelques maisons proposent des produits de première nécessité.

 Je trouve un sachet lyophilisé de nouilles, mais je peine à faire comprendre qu'avec de l'eau chaude c'est mieux. 
J'espère ce soir à Toumlan pouvoir m'approvisionner.


Le bois travaille et se déforme.







Parfois on se sent moins seul.
Visages du marché de Toumlan.


"A 50 km au nord de Salavan, le long de la cahoteuse route 23, le village katang de Toumlan est renommé pour ses tissages de soie et la fête de Lapup, qui habituellement a lieu fin février. Bien que très déshéritée cette bourgade est intéressante du point de vue culturel et pour son emplacement sur la piste Hô Chi   Minh"

Compte tenu du contexte une guesthousse d'état y est installée. J'étais le seul client.
Comme il se faisait tard j'ai opté pour des brochettes de viande sans connaître la nature de cette nourriture. C'était tellement dur qu'il n'y avait que le goût pour parfumer le "khâo", riz gluant que l'on mange avec ses doigts. Comme d'habitude en pareille circonstance il y a toujours un animal pour avaler ce que vous rejetez. Le marché fermait à quelques centaines de mètres de là, quelques fruits pour compléter mon repas furent appréciés. 















La rue de Toumlan.


Les animaux vivent leur vie!


Pas besoin de légende.

J'ai deux cartes du Laos, seule une des deux mentionne l'existence de Toumlan. Ce qui est bizarre lorsque j'arrive, la piste est coupée par une route goudronnée qui n'existe pas sur mes cartes. Lorsque tu demandes ta direction pour le lendemain tout le monde te montre la piste direction nord. Je partage leur orientation. Sauf qu'après plusieurs centaines de mètres il y a un pont démoli, une rivière bien pleine et pas de passage apparent. Je reviens dans le bourg et emprunte un pont de la route goudronnée qui permet de franchir la rivière et bifurque à droite pour retrouver la piste de l'autre coté du pont abattu.  
Pour l'instant je ne sais où mène cette route goudronnée?


Trois vues en quittant Toumlan.







Le sable s'avère être la principale difficulté du jour.

Ces tracteurs deux roues servent à tout. Ici transport scolaire.







Surpris et souriants de me trouver là!



Je n'étais pas venu faire du VVT.





Parfois j'ai des stylos ou crayons dans mes sacoches dans ce hameau isolé je fais une petite distribution. 















C'est ma troisième belle rencontre avec un serpent. Ici une couleuvre me semble-t-il
 qui a accepté de faire la pose devant mes roues?
Au Cambodge un serpent allait traverser la route. Voyant ma roue arriver il se cabra et fit demi tour.
Sur cette même piste un serpent long de presque deux mètres d'un vert très lumineux traversa rapidement et ne me laissa pas le temps de sortir l'appareil photo.
 






Dernier hameau avec un petit commerce où je fais le plein d'eau.

Dernière rencontre, suivra quatre à cinq heures sans rencontrer personne.
Ces personnes appartiennent certainement à  ce que l'on appelle pudiquement une minorité ethnique. Mais laquelle?









Je laisse les images parler d'elles même.














Je croiserai cet homme venu de nul part. Après le traditionnel "sabaai-dii" il me fait comprendre qu'il a mal au dos et me demande une pommade. Je n'en dispose pas. Je lui donne deux barrettes de paracétamol en essayant de lui expliquer comment en user. Ai-je été compris?  

J'ai croisé quelques emplacements certainement utilisés par les chasseurs.


Vers 17 heures arrivée dans un hameau. Sans difficulté on me propose l'hébergement et l'on m'invite à monter dans la pièce principale et unique. On me déplie un matelas, mise à ma disposition couvertures,  un sceau d'eau pour me laver et comme il va faire nuit il est posé auprès de ma couche un panier de riz. Seul aliment disponible. Ce sera la même chose au petit déjeuner. 
Il y a un métier à tisser. L'homme avec sa carabine chasse l'oiseau et l'écureuil. Au regard du contexte je resterai très discret et n'abuserai pas de l'appareil en étant plutôt dans une observation réciproque et respectueuse.
A quelle minorité ethnique appartiennent ces gens?








Un couchage gentiment installé et le panier de khâo à gauche.


Le feu, tout est en bois autour.



La cuisine.

La garde robe.

Pour s'éclairer une batterie de camion. Comment est-elle rechargée?

6 heures au lever, mon hôtesse a déjà préparé le khâo.

Je quitterai cette maison avec plein de questions auxquelles je n'ai pas de réponses et peut-être quelques hypothèses. 



Dernier jour, atteindre Muang Phin.

Très rapidement je traverserai quelques hameaux jusqu'à je me trouve face à une rivière plutôt grosse et large. Avec l'aide d'adolescents qui se baignaient je trouve un bac en aval relativement bien construit pour le passage d'un petit camion dont je vous ai parlé plus haut. Pour mon vélo cela ira.








 Toujours ce foutu sable. Comme hier il faut pousser le vélo.



 Les hommes s'occupent avec beaucoup de tendresse des enfants. D'ailleurs dans les quelques éléments d'échanges que je peux avoir ils te font comprendre le nombre d'enfants qu'ils ont et te demandent combien tu en as.



 Ce jeune homme dispose d'une pétoire pour la chasse.


 Un pont important détruit par les américains. jamais reconstruit. Il y a trois piles neuves en béton déjà construites mais il y a déjà quelques années. Quand le chantier reprendra-t-il?




A gauche les nouvelles piles du pont. 

En m'éloignant de la rivière un hameau avec un barbecue. Devinez quelle bête grille? De l'oiseau. 
Je m'en contenterai avec du khâo et une sauce pimentée.

Pour les trente derniers kilomètres la piste a été refaite certainement pour faciliter l'acheminement des matériaux et engins qui ont réalisés les trois piles du futur pont en attente.

 Plongée sur Muang Phin.

 Muang Phin.


A Muang Phin, "imposant monument construit par les vietnamiens
rendant hommage à la coopération lao-vietnamienne pendant la guerre d'Indochine. 
De style "Héros du socialisme", il représente des soldats de l'ANV et du Pathet Lao brandissant 
un AK-47 et un drapeau laotien" 

J'étais bien sur un tronçon de la piste Ho Chi Min.

J'avais l'intention de poursuivre la route dite 23 plus au nord mais compte tenu des difficultés 
de progression  et d'un visa d'un mois au Laos, demain je vais rejoindre le Mékong.



Voilà c'est tout pour aujourd'hui, je vous dis à bientôt.
Sabaai-dii.

Jean-Paul









1 commentaire:

  1. Bonjour,
    Tes reportages sont toujours agréables à lire.
    Merci de nous faire voyager et de faire oublier la grisaille parisienne.
    Alain

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